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Société Auguste Vestris - La danse populaire en Espagne : matière première de la danse classique européenne
  Auguste Vestris


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La danse populaire en Espagne : matière première de la danse classique européenne
Carmen Cubillo Losada

13 avril 2019

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Madrid, mars 2019

Ce sont les danses populaires qui forment le ciment du ballet classique, danses des campagnes, danses des villes voire même danses de Cour. Les deux façons de danser, « académique » et « populaire », se sont mutuellement enrichies et influencées, les maîtres à danser n’ayant de cesse d’y puiser. Ces derniers les ont perfectionnées et transformées jusqu’à créer un style nouveau doté des normes et d’une esthétique proprement théâtrale (1661 : création de l’Académie royale de danse en France), grâce à des interprètes désormais professionnels et de plus en plus virtuoses.

Au cours de la période dite romantique, on retrouve les danses populaires italiennes, tyroliennes, écossaises, polonaises, lithuaniennes, russes et surtout espagnoles dans de très nombreux grands ballets. On peut citer parmi tant d’autres Le Diable Boiteux de Jean Coralli (1836), ou Loin du Danemark de Bournonville (1860), La Gitana Española de Filippo Taglioni que dansait sa fille Marie, ou Coppélia de Saint-Léon. Quant à Marius Petipa, il vécut quatre ans en Espagne dont il apprit les danses qui allaient figurer plus tard dans ses ballets pour le Théâtre impérial à Saint-Pétersbourg.

Les célèbres ballerines de l’époque, Fanny Elssler, Pauline Duvernay, Lise Noblet, Madame Céleste, Mary Ann Lee, ont toutes présenté la Cachucha et des boleros tandis que Fanny Cerrito, Carlotta Grisi et Lucile Grahn se sont produites dans le Jaleo de Jerez.

La danse traditionnelle espagnole

En raison de facteurs historiques, géographiques et climatiques (costumes très divers qui influencent aussi la manière de danser), des migrations de population, du rang et des classes sociales, des motifs de danser – il existe des danses religieuses pour honorer la Vierge et les Saints, pour les baptêmes, les mariages, les veillées… des danses profanes qui peuvent être guerrières, de séduction, pour célébrer des jeux ou des grands événements… tout cela a contribué à ce qu’en Espagne, chaque province est le foyer d’innombrables danses et styles.

Toutes ces formes de danse, transmises de génération en génération, marqueurs des jalons de la vie sociale, servent à remplir utilement des loisirs, à libérer des tensions et à faire rencontrer des jeunes couples. En dansant, on reconnaît la personnalité du danseur : est-il timide ? vaniteux ? pusillanime ?

Certaines danses remontent à des temps immémoriaux comme la Danza Prima de Galice et des Asturies1, par laquelle on adorait le Feu en imitant les mouvements de la nature.

En Galice, Valencia et Huelva, il existe des danses du culte des morts en provenance de la Mésopotamie, de l’Egypte, de la Grèce et de Rome. Les Romains nous ont légué des danses funéraires, des bacchanales et saturnales que nous appelons Mascaradas. De l’époque des Wisigoths, nous avons gardé des chants et danses de mariage, de funérailles et d’épée ; avec le temps, les épées ont été remplacées par de courts bâtons ou des mouchoirs.

Les danses d’influence arabe sont celles dites « de ruban et cordon » (cintas y cordón) et de course (carrera), et les dernières années de domination arabe ont vu naître des danses dites Moros y Cristianos. Au cours du Haut Moyen Age, toute la Péninsule connaissait à peu près les mêmes danses (agudos, agudillos), sauf les zones non-conquises : Galice, Asturies et le Pays basque.

D’autre part on trouve les danses des corporations de métiers (marins, cordonniers, viticulteurs, etc.), ainsi que des danses guerrières et religieuses très « chorégraphiées ». Puisque dans les villages il n’y avait pas de chorégraphie à proprement parler, il s’agit manifestement de danses destinées à l’estrade ou la scène.

La figure du maître à danser n’apparaît qu’à la Renaissance, époque où se multiplient de nouvelles danses composées par ces maîtres ou inventées dans les villages.

Des pas « académiques » d’origine pas si académique !

Quels pas la danse classique a-t-elle adoptés à partir des danses traditionnelles ? Beaucoup… tout en tenant en compte que chez celles-ci, les pas sont nécessairement moins nets, sans placement des pieds, du bassin, sans technique académique. Le corps, les abdominaux sont détendus, le pied n’est pas tendu… On reconnaît cependant le pas de bourrée, l’attitude, le pas de basque, le ballonné, le rond de jambe en l’air, le développé, le jeté en tournant, les différents jetés, le tour en l´air, le coupé…

Depuis le Pays basque le Pas de Basque ou Paso de Vasco, bien connu du Ballet qui s’est diffusé partout dans la Péninsule quoiqu’avec des nuances et une appellation différentes (menudeo, el de las tres paticas, pal suelo, el un dos tres…).

Dans l’Ezpata Dantza, danse d’épée, on observe l’assemblé, l’entrechat-quatre et des sauts battus (mais sans tendre la pointe du pied). Les mouvements des danses basques véritablement autochtones sont très gymniques avec des grands lancers de jambe ; ce sont des danses d’homme exclusivement, les bras ballants le long du torse. A partir du XVIIe siècle seulement et sous l’influence d’autres danses de la Péninsule, on commence à tenir les bras à hauteur d’épaule dans le Fandango et Arin Arin basque.

Les danses espagnoles les plus répandues sont les Fandangos, Jotas, Seguidillas et Boleros, très différentes toutefois selon la région.

La Jota est un « rejeton » très rapide du fandango ; nous allons apprendre une jota aragonaise dite Jota de Antillón composée de salida (sortie), coplas (couplets, la section chantée), estribillos (refrain) et despedida (adieu). Les ports de bras de la Jota sont ceux des danses guerrières des Ibères.

C’est en puisant dans les danses populaires que les maîtres espagnols du XVIIe siècle ont inventées leurs chorégraphies et fondé des écoles, aboutissant à une danse académique, l’école classique espagnole dite Escuela Bolera très marquée par des influences de la danse classique française et italienne, car des troupes d’opéra italiennes et de ballet français se produisaient dans toute la Péninsule. Mais à leur tour les danses espagnoles ont intrigué les maîtres de ballet étrangers, comme nous venons de voir… Sans oublier que le peuple a lui-même adopté les Olés et les Jaleos ainsi que toutes les danses créées par ces maîtres.

Ainsi, je vais danser pour vous El Olé de la Serrana (danse de couple) deux fois : une fois en danse du peuple, une fois à la manière « des écoles » Vous verrez à quel point les ports de bras set et les pas de la deuxième version se compliquent. Ce n’est pas non plus le même jeu de castagnettes. Quant aux castagnettes, cet instrument qui remonte aux époques les plus lointaines mériterait un chapitre entier, ce qui n’est pas notre propos ici !

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Francisco José Goya y Lucientes

Disparate Alegre