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Société Auguste Vestris - Adage
  Auguste Vestris


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Ad agio : l’aisance dans les grands temps d’adage

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Adage
Sophie Billy

25 mars 2018

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Boulogne-Billancourt, le 9 janvier 2018

Lente envolée, dilatation du temps, étirement, métamorphose de l’espace et du corps.

Il y a aussi cela, ce que l’Adage va construire chez le danseur, cette préparation technique, physique, musculaire aux grandes pirouettes, par les spirales que délicatement tissent les successions subtiles de gestes continus, cette avancée du buste autour de son cœur comme tournant autour de lui-même dans les promenades, comme emmené par les ailes que sont les omoplates, enveloppant délicatement le danseur dans leur spirale. Déjà la grande pirouette attitude apparaît, ou bien la grande pirouette arabesque. Mais aussi par la puissance qu’exige le Grand Adage, n’est-ce pas une vraie préparation aux grands sauts, envolées plus rapides mais de la même essence.? Travail des temps du corps, comme le disait si bien Wilfride Piollet, travail des temps du corps… Chaque chose en son temps, et ainsi, minutieusement, le danseur établit-il harmonieusement les relations qui subtilement lui permettront d’accomplir les grands pas du cours, de la Danse.

Qu’est ce qui m’entraîne de mon cœur ou de mes pieds, de mon corps ou de mon âme ?

Corps renversé, cœur vers les cieux plutôt qu’écrasement des lombaires, corps cœur suspendus vers un monde invisible qui n’appartient qu’au danseur… Je le vois chez certains élèves que ce corps renversé-là les emmène bien loin de nous. Certains ainsi par ce geste s’échappent.

Mais aussi basculés vers la terre lorsque monte la jambe lentement en arabesque penchée et que le buste repose alors dans le vide, son poids évoquant soudain celui du cœur gros de Giselle toute à ses larmes de Willi. Cœur gros déposé là, dans cet espace qui l’accueille, et grâce à cette jambe qui contrebalance. Plaisir d’un abandon au poids réel de ce cœur – plaisir d’un abandon à l’espace de la peine et de la mélancolie qu’évoque ce mouvement du cœur qui flanche et de la jambe qui s’élève.
Souvent les élèves d’aujourd’hui redoutent fort le moment de l’adage. Mais dès qu’ils y sont embarqués, je vois à leur visage concentré que, peu à peu, ils approchent à quelque chose qui n’appartient plus au monde réel. La délicate coordination du haut et du bas, cet équilibre instable sans cesse sollicité, ce désir aussi que je vois naître en eux de s’élever toujours plus, les muscles qui tremblent, les joues qui rosissent, les doigts qui se font plumes lorsqu’à mon injonction je le leur demande et alors quelque chose derrière le sternum se relâche et se libère.

Il faut leur dérouler le fil d’Ariane qui mène à la danse, à l’histoire de cet Adage dont le premier n’est-il pas celui de Giselle s’élevant fantomatique telle l’émanation des pensées d’un Albrecht éperdu ? La jambe qui s’élève sans effort apparent et qui, emportant avec elle les tulles, évoque soudain, plus que tout, la lente envolée de l’âme de Giselle, encore tourbillonnante de son désir de danser. Mais là, oui, c’est bien son âme qui s’élève.

Ce moment de grande lenteur, qui impose par l’aplomb qu’il demande un moment de grande densité, de concentration, un moment de grande implication personnelle, emplit alors l’espace et le temps et crée un atemporel instant de grâce.

Tel un dévoilement, le dévoilement des êtres dans la routine quotidienne de l’entraînement des danseurs, mais aussi un moment d’osmose avec le musicien qui là aussi lui, se dévoile, dans le choix de son adage… magie, il faut savoir se taire soudain pour laisser quelque chose advenir d’une autre dimension, suspendue, presque spirituelle, mais cela ne nous regarde pas… Un moment de silence des mots pour laisser apparaître ce pour quoi nous sommes là réunis.

Ce que nous regardons, ce n’est plus la forme mais ce qui émane de cette forme. J’invoquerais le plaisir de la dépense, l’Adage étant comme chacun sait sinon plus, du moins aussi difficile par son intensité et dans la dépense musculaire que l’Allegro.
J’invoquerais cette dépense musculaire qui forge la puissance des corps, ce plaisir de la dépense. Quel don plus gratuit que la dépense insensée de l’adage ? Insensée dans ce monde ou tout doit être rentable et efficace.

Comme le mandala, l’adage ne sert à rien qu’à tisser un lien entre l’être réel et l’être imaginaire et (pour reprendre un mot de Jean-Christophe Paré sur l’interprétation du Spectre de la Rose), l’Adage pourrait être ce lieu où le danseur laisse apparaître quelque chose d’une transparence et d’une opacité de son être au monde.

Sophie Billy commence la danse à 12 ans au CNSMDP dans la classe de Christiane Vaussard. Elle étudie également avec Solange Schwarz et Daniel Franck. Repérée par Violette Verdy, elle part à New York, à la School of American Ballet où elle travaille la technique Balanchine avec Stanley Williams, Alexandra Danilova et Felia Doubrovska. A son retour, elle obtient le 1er Prix du CNSMDP et est sélectionnée pour le Concours de Varna.

A 16 ans, elle est surnuméraire à l’Opéra de Paris. Engagée la même année au London Festival Ballet, au Ballet royal d’Anvers et au Ballet royal de Wallonie, un accident stoppe sa carrière qu’elle reprend après des études d’histoire de l’Art. Maître en Histoire de l’Art, elle est aujourd’hui professeur de Danse Classique au CRR de Boulogne-Billancourt. Titulaire du Diplôme de formation supérieure en notation Laban du CNSMDP, elle est depuis 1998 formatrice au Centre national de la danse pour le Diplôme d’Etat et tutrice pour le Certificat d’aptitude de Danse Classique. Elle a étudié pendant plus de vingt ans les grandes œuvres du répertoire auprès de Wilfride Piollet et de Jean Guizerix à travers la « méthode des barres flexibles ».