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Société Auguste Vestris - Le Grand Adage, Apothéose du cours classique
  Auguste Vestris


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Ad agio : l’aisance dans les grands temps d’adage

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Le Grand Adage, Apothéose du cours classique
Dmitri Domojirov

25 mars 2018

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Février 2018

Le Grand Adage au centre couronne le cours classique en englobant ses éléments les plus importants.

Dans l’école russe, l’enseignement du Grand Adage au milieu commence dès les premières années avec un exercice de « temps lié », qui n’est pas « chorégraphié » et est absolument caractéristique de l’école russe. Cet exercice est considéré comme ayant une grande valeur formative et je ne l’ai jamais vu ailleurs. Son cheminement suivra le danseur professionnel sous des formes de plus en plus techniques jusqu’à la fin de la carrière. Le temps lié est conçu comme un exercice à part entière et non comme un mouvement au sens où on l’entend dans le vocabulaire classique. L’accumulation progressive des éléments techniques : au sol, en l’air, en promenade, avec les pirouettes puis avec le grand plié, accroît la difficulté tout en développant l’équilibre, l’endurance et la technicité.

Cet exercice de temps lié est exécuté tant par les élèves que par les professionnels au tout début du milieu, avec un enchaînement qui peut aller jusqu’à sept voire huit mouvements, et auxquels on pourra rajouter des ports de bras, de tête etc. Demeure toutefois le squelette de l’exercice, effectué en croisé devant, face au public, en croisé derrière, promenade, etc.

Cette étude de temps lié nous vient probablement de la fin du XIXe siècle.
Aujourd’hui, si les jambes se lèvent, est-ce le facteur principal de réussite de l’adage ?

A la fin du cours, pour les débutants, l’adage prendra la forme d’une révérence qui ira au-delà du simple geste « d’au revoir ». Pour les professionnels, un Grand Adage clôture le cours, une chorégraphie finale, où la musique est primordiale. Les meilleurs professeurs, à mon sens, mettent l’accent dans leurs adages sur les changements de tempo, de rythme, afin d’étudier à la fois les sauts, les pirouettes, les grands fouettés, les grands pas chassés, etc. Dans le ballet Thème et variations, observez l’adage qui en donne un exemple frappant.

Parfois, le Grand Adage final sera très technique, parfois très respiré, parfois focalisé sur les ports de bras, sur la qualité du plié dans toutes ses nuances – cela dépend de l’objectif du cours. Pour moi, la question principale reste toujours la musicalité : l’élève doit apprendre à réagir complètement différemment selon la partition, et faire ressortir son ressenti personnel.

Quant aux directions, dans mes adages je les change constamment car la précision des directions est fondamentale. Il faut agir comme si le « public » était partout – au plafond, par terre… et se demander à qui s’adresse cette pose, jusqu’où projette l’enchaînement. D’autant plus que la conscience des multiples directions est l’un des aspects de la maîtrise de l’épaulement.

La tête, le regard prolonge la pose. Même en 2e arabesque, le regard en est la continuation, un écho de cette arabesque dont il peut annoncer la direction, ou bien suivre le mouvement. Au milieu, il va souvent suivre le corps. Concernant le regard, je me souviens qu’un chorégraphe en Italie m’avait demandé de travailler un pas de deux les yeux fermés ; lorsque j’ai rouvert les yeux, la perception des poids, des déplacements… n’était plus du tout la même. Or, la concentration dans l’adage est telle que c’est presque comme travailler « dans le noir ».

La beauté des poses, par exemple de l’arabesque, dépend en grande partie du prolongement du geste par la main et le pied ; projetés dans des sens opposés, à l’horizontal, ils donnent une impression d’infini. Le mouvement est alors comme étiré. L’expression russe peut être traduite approximativement comme « pose vivante », à l’instar des harmoniques qui poursuivent leur voyage, même après que le son franc produit par l’archet ou le marteau de l’instrument de musique se soit évanoui.

En réalisant l’adage, les déplacements fluides des bras donnent un sentiment de mouvement perpétuel. Une arabesque figée pâlira si elle n’est pas assez aérienne, si elle manque de sentiment ou de légèreté. Les bras et les doigts de la main doivent chanter, parler et raconter l’histoire de la chorégraphie. Dans l’adage, les mouvements du corps, de la tête et le regard se répondent pour créer une harmonie parfaite. Et la « présence » à la pose apportera l’indispensable magnétisme à cet enchaînement.

Dans l’école russe, lors de la construction de l’adage, un accent particulier est mis sur le choix de la composition musicale. Le caractère de l’œuvre musicale aidera le professeur dans le choix des éléments techniques et dans l’orientation qu’il souhaite donner à sa chorégraphie.

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Arabesque de Tamar Karsavina, « supendue dans un temps éternel ».

Souvent, le choix de la composition se base sur un rôle spécifique issu du répertoire classique. Ainsi l’adage d’un ballet lyrique sera différent par son rythme, sa dynamique et ses éléments techniques de celui d’un ballet de caractère. Il convient de noter qu’un changement de rythme musical induira l’inclusion de nouveaux mouvements, par exemple des pirouettes, des sauts, de la petite batterie tout en maintenant une cohérence avec la dynamique initiale du Grand Adage.

Reposant sur la musique, l’espace, la multitude des mouvements, le style de l’interprétation, l’endurance et la rigueur, le Grand Adage est, sans conteste, le cœur chorégraphique de la leçon de danse classique.

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, actuellement coordinateur et chef du département de danse et enseignant au conservatoire de Valence, Dmitri Domojirov, né à Oufa en Russie, a été soliste principal et maître de ballet au Centre Chorégraphique National (CCN) Ballet de Lorraine (France), soliste principal dans la compagnie de Loredana Furno (Turin), au Ballet de l’Opéra du Caire, au Théâtre national de Sverdlovsk, et au Théâtre national d’Oufa. Il est titulaire du Certificat d’Aptitude de Professeur de danse classique.