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Société Auguste Vestris - Le pantomime sur scène, vu des Stalles
  Auguste Vestris


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Le pantomime sur scène, vu des Stalles
février 2004

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Giselle
Opéra Garnier (11 février 2004)


L’avantage d’être une faible puissance &eacuteconomique, c’est que l’on voyage à travers le théâtre de soir en soir, observant la scène debout depuis les emplacements les plus loufoques - derrière des colonnes, des caryatides, d’énormes lampadères... et que l’on voit souvent assez clairement la dernière rangée du corps de ballet, ainsi les sorties de scène.


Ce qui a frappé chez le Bolshoi, entre autre, est leur manière de quitter la scène. Il dansent, ou miment, jusqu’à ce que le dernier spectateur avec l’angle de vision le plus clair sur la coulisse, ne peut plus les voir. Ils habitent leur rôle jusqu’à ce qu’ils aient entièrement disparu du champ de vision de tout le monde, comme si ils allaient véritablement rejoindre un monde imaginaire qui existerait quelque part derrière la scène.


Dans notre cher théâtre national français, la plupart des collègues arrêtent d’être dans leur rôle l’instant qu’ils touchent au but : l’entrée des coulisses, presque comme si l’on poussait un OUF de soulagement. Pouvons-nous changer cela s’il vous plaît ?


Pour revenir à la question du mime.


Ce n’est pas de la magie, cela s’apprend.


J’espère que M. Simone Valastro ne sera pas offusqué si on l’utilise comme exemple positif du corps de ballet ici, car c’est l’un des seuls qui sait.


Il serait bon que les collègues, le soir où ils ne dansent pas, restent dans la salle et observent attentivement cette personne.


D’abord, l’instant qu’il descend sur la scène, il n’est plus le type qu’ils ont croisé à la caféteria en jean troué et chaussures de tennis à 16.10. Il est devenu un autre être, un être objectif, un être théâtral (voir ce qu’il a fait dans Daphnis et Chloe par exemple !). Il n’est plus juste lui-même, S. Valastro. Les traits du visage ne sont pas relâchés, mais soulevés, exactement comme si l’on allait chanter. La musculature autour de l’oeil est mise en jeu, l’oeil est vif. Aucun geste, à aucun moment, n’est naturaliste. L’on ne voit plus que des gestes spécifiques au théâtre classique.


Quels sont ces gestes ? Ce sont des gestes suffisamment grands pour être lisibles, partout au théâtre, sans être « Look at ME ». Ce sont des gestes soutenus - le bras n’est pas flasque, il n’est pas tenu trop proche du torse, la main est soutenue et lisible. Ce sont des gestes justes et appropriés au caractère, et à chaque moment du drame. Cela veut dire y penser d’avance, regarder des livres de l’époque que l’on joue, écouter leur musique, et réfléchir. Ce sont des gestes dignes, et des gestes beaux, car il existe un plastique spécifique au mime aussi !


Comme dit Noverre, dans le théâtre classique, le mièvre, le petit, et le laid, n’existent pas, même lorsque l’on joue un être mièvre, petit ou laid ! Parce que dans le théâtre classique, tous les concepts doivent être puissants.


L’on bannit les petits mouvements secs, nerveux ou hystériques (défaut français) - cela est pour théâtre de Boulevard, pour Vaudeville, pas ici. Le geste de mime classique semble toujours lent, même quand il est rapide, car il est plus digne que les gestes que l’on voit dans la rue.


Imaginez ce que serait si chaque personne dans le corps de ballet, faisait cela ! Et quelle serait la force dramatique !


Un grand tableau, une peinture, aussi parlant même sans les décors.


K.L. Kanter