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Société Auguste Vestris - Au sujet de la planification des spectacles à l’Opéra national de Paris<br>Retour à l’Age de Pierre ?
  Auguste Vestris


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Au sujet de la planification des spectacles à l’Opéra national de Paris
Retour à l’Age de Pierre ?
mai 2005

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La saison 2005-2006 s’annonce aussi bancale, de ce point de vue, que les précédentes.


Je m’explique.


Qui dit Zéro spectacle pendant deux ou trois mois, et ensuite spectacle tous les soirs pendant six semaines, écrit ACCIDENT et BLESSURE.


Souvent pendant cette dernière série de « la Belle » l’on se demandait comment les gens allaient se traîner jusqu’au tomber du rideau. Et ce, en alternant avec une série simultanée à Garnier ! Le corps de ballet fin décémbre - ce qu’il en restait - se déplaçait sur pilote automatique.


En tout cas, les vieux danseurs disent « nous avons fait des tournées épuisantes sur de mauvais planchers aux USA dans les années cinquante.... »


C’est vrai.


Mais nous ne sommes plus dans les années cinquante.


A l’époque, les danseurs étaient beaucoup moins maigres qu’aujourd’hui, et avaient donc de grandes réserves d’énergie. L’on ne levait pas la jambe, l’on ne forçait pas chaque mouvement à son extrême de tension, et l’on ne transformait pas chaque saut en grand écart. Le corps était moins brûlé, moins usé.


Il y avait aussi dans les années cinquante le plein emploi. Si quelqu’un se blessait - et cela arrivait dans les conditions de tournée sus-décrites — le danseur trouvait autre chose à faire dans la vie, et vite. Et quant aux dames, eh bien, les industriels et financiers de la ville étaient à leurs pieds.


Aujourd’hui, nous sommes dans une crise économique sans précédent.


Etre danseur classique de nos jours, pour l’homme ainsi que pour la femme, c’est une profession, exactement comme être ingénieur ou scientifique.


Les gens rejoignent cette profession après des études ardues en espérant pouvoir danser 25 ans sur scène.


Notre devoir est de faire en sorte qu’ils puissent justement ce faire.


Quels sont les facteurs qui militent contre cette espérance ?


D’abord, dans le monde de la performance physique, chaque blessure mal guérie appelle une autre blessure. Sous la pression du temps et la crainte de perdre des rôles, l’on danse avant que les tissus ne se soient entièrement cicatrisés ; des scarifications mal résorbées limitent l’amplitude de mouvement. En même temps, les amplitudes articulaires exagérées que l’on recherche aujourd’hui ont créé des calcifications. L’on adopte de postures de compensation qui affectent d’autres régions du squelette et de la musculature, et l’on s’embarque vers de nouvelles blessures.


Ensuite, il faut tenir en compte que le travail scénique n’est pas le même que le travail dans la salle de répétition.


Il est bien plus intense. Sans même parler de la chaleur étouffante, des lourds costumes, des feux aveuglants, de l’effet du trac et du stress, sur scène le danseur va beaucoup plus loin que dans la salle. Il se pousse à fond, porté par le désir d’exprimer à ces millliers de gens ce qu’il a dans son coeur. Mais il faut savoir gérer cet extrême, et cela s’apprend au cours de chaque nouvelle saison.


Or, la méthode actuelle de planifier les spectacles à l’Opéra national, à travers une accumulation inouïe de spectacles sur cinq semaines suivi de plusieurs mois sans aucun spectacle, contribue à l’émergence de blessures chroniques : l’on fait n’importe quoi afin de paraître « en forme » pour danser en décembre, en avril, et en juillet, et entre ces dates, l’on végète dans le Désert de Gobi parmi la brousse désséchée, les chameaux bactriens (Camelus ferus) et les chevaux de Przewalski (Equus przewalski).


(Soit dit en passant, l’on attend pour l’automne 2005 une nouvelle vague de grippe aviaire, dit SARS, qui affecte aussi gravement les jeunes adultes que les petits vieux et les enfants, et qu’en ces conditions il ne serait peut être pas souhaitable que les gens se retrouvent dans un état d’épuisement terminal en décembre 2005... à bon entendeur salut....)


K.L. Kanter