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Société Auguste Vestris - Marion Helene Durham Cuyjet
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Marion Helene Durham Cuyjet
Par Melanye White Dixon, PhD, Professeur associé au Département Danse, Ohio State University

16 mars 2014

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Portrait de Marion Cuyjet, fondatrice de la Judimar School of Dance.

Années 1940.

Marion Helene Durham Cuyjet (1920-1996), est née à Philadelphie, benjamine des trois enfants d’Alonzo Durham, ouvrier des chantiers navals, et de Frances Henrietta Morgan. Les parents de Cuyjet étaient nés à Cheswold dans l’état du Delaware, dans la petite commune de Delaware Moors. La famille s’établit à Philadelphie au début des années 1900 afin d’améliorer leur sort et les chances d’une bonne éducation pour les enfants. Cuyjet fréquenta Landreth Elementary School, Barratt Junior High School et termina ses études à South Philadelphia High School.

La famille élut domicile dans le sud de Philadelphie, dans un quartier dit Point Breeze où vivaient de nombreux Afro-américains. C’était l’époque de la Grande Migration, pendant laquelle la population noire de Philadelphie augmenta très rapidement. Entre 1917 et 1930 des milliers de Noirs quittèrent le Sud des Etats Unis pour les villes du Nord à la recherche de bons emplois. C’est la fusion des cultures du Sud et du Nord des Etats Unis qui inventa la Philadelphie moderne, riche de traditions fort diverses que ce soit dans l’art, la littérature ou le sport.

La revue d’Alma Polk Kiddie qui avait lieu une fois par an dans la Philadelphie noire, fut le premier contact de Marion Cuyjet avec la danse. Les artistes étaient des enfants qui répétaient environ six semaines avant le spectacle qui avait lieu au Elks Club. Entre 1930-1932, Cuyjet participa à ces revues ; elle chantait et dansait avec Harold et Fayard Nicholas, qui par la suite connurent la gloire comme danseurs de claquettes à Broadway et au cinéma à Hollywood.

C’est en 1934 seulement, à l’âge de 14 ans, que Marion Cuyjet commença à étudier sérieusement la danse classique, auprès de l’iconoclaste Essie Marie Dorsey, pilier de la haute société noire. Les récitals de danse – étincelants – de Mme Dorsey s’étendaient en général sur trois soirées consécutives et devinrent fort populaires dans la communauté noire de Philadelphie. Mlle Cuyjet fut invitée par des camarades de l’école paroissiale à fréquenter la journée portes ouvertes du studio de danse de Mme Dorsey, qui lui proposa rapidement une bourse.

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Image très rare d’Essie Marie Dorsey

Ici, au centre, avec le professeur John Cannon.- C’est elle qui forma Marion Cuyjet. Vers 1960.
Cliché : Collection du Dr. Melanye White Dixon.

Au studio de Dorsey, l’accent était mis sur la danse classique, pour la première fois dans la Philadelphie noire. Dorsey était un professeur exigeant (elle-même ancienne disciple de Mikhail Fokine et de Mikhail Mordkine), et la formation intensive. A l’époque, Sydney King était la vedette du studio de Dorsey. Elle se lia d’amitié avec Cuyjet et elles s’entraidèrent dans leurs études de danse. Voyant leur talent à toutes deux, Dorsey leur demanda d’enseigner dans ses cours pour enfant. [1]

En 1944, Marion épousa le postier Stephen Cuyjet ; il l’encouragea à reprendre la danse et à ouvrir un studio. Ainsi, dès 1945 elle se mit à enseigner dans leur propre maison, puis créa en 1946 aux côtés de son amie d’enfance Sydney King, le Sydney-Marion School of Dance.

En 1948, Cuyjet lança la Judimar School of Dance, et en confia la gestion administrative à son époux. C’était une entreprise tout à fait familiale – deux des enfants, Judy et Mark, y étudièrent et enseignèrent de temps en temps, tandis que Stephen Jr. aidait à la logistique. [2]

Afin de se perfectionner en tant qu’enseignant de danse classique, Cuyjet étudia auprès de Thomas Cannon à partir de 1948. [3] Puis entre 1950 et 1957, aux côtés de ses élèves les plus avancés, elle se déplaça à New York pour travailler au Katherine Dunham School of Theatre Art et au studio Ballet Arts de Carnegie Hall. Les studios de danse de Philadelphie ne se sont ouverts aux Afro-américains qu’à partir des années 1960 ; dès 1945 de nombreux danseurs noirs choisirent de s’établir à New York. La Deuxième Guerre Mondiale venait de se terminer [4] et tandis que la bataille des Afro-américains pour l’égalité s’intensifiait, les danseurs noirs ont commencé à se faire un nom dans le monde de l’art. La réussite de Janet Collins, Carmen de Lavallade, Alvin Ailey et Mary Hinkson a beaucoup encouragé Marion Cuyjet.

En peu d’années la Judimar School se fit une réputation d’excellence et d’intégrité artistique, et forma des danseurs professionnels de renommée.

Marion Cuyjet ferma son école en 1971. [5] Son enseignement se prolongea néanmoins dans la carrière de ses élèves tels Judith Jamison (Alvin Ailey American Dance Theatre), Delores Browne Ableson (New York Negro Ballet Company), Donna Lowe Warren (Philadelphia Grand Opera Company), China White (Dance Theatre of Harlem), John Jones (Harkness Ballet), Arthur Hall (Arthur Hall Afro-American Dance Ensemble) et Elmer Ball (Katherine Dunham Dance Company).
Dans les années 1980 Marion Cuyjet enseigna la danse classique pour la Philadelphia Dance Company (Philadanco). On donna son nom au grand studio de la Compagnie ainsi qu’à une bourse créée par son élève Joan B. Myers : la Marion D. Cuyjet Scholarship. [6]


Bibliographie

Ballard, Allen B. One More Day’s Journey (1984).
Maynard, Olga. Judith Jamison : Aspects of a Dancer (1982).
Jamison, Judith. Dancing Spirit : An Autobiography (1993).
White Dixon, Melanye. “Black Women in Concert Dance : The Philadelphia Divas” in Black Women in America, ed. Kim Marie Vaz (1995).
White Dixon, Melanye. Marion D. Cuyjet and Her Judimar School of Dance : Training Ballerinas in Black Philadelphia 1948-1971. Edwin Mellen Press, Lewiston, 2011.
Obituary : Philadelphia Enquirer, 26 Oct. 1996.


[1Selon le Philadelphia Enquirer (26 octobre 1996), dans les années 1930 Mlle Cuyjet avait été membre du Littlefield Ballet (plus tard connu comme le Philadelphia Ballet) ; si la troupe ne recrutait pas d’Afro-américains, Mlle Cuyjet, qui comptait parmi ses ancêtres des Indiens et des Anglais, pouvait passer pour blanche. Un soir cependant, des amis noirs vinrent la féliciter après un spectacle, et elle fut priée de ne plus revenir.

[2L’école donnait également des cours de flamenco, de claquettes, de danses des Caraïbes ainsi que des cours d’histoire de l’art.

[3Thomas Cannon avait également été professeur à l’école d’Essie Marie Dorsey selon le Philadelphia Enquirer du 31 janvier 1988.

[4La déségration raciale des Forces Armées américaines n’eut lieu qu’en juillet 1948 (Executive Order 9981).

[5Pour travailler comme thérapeute du mouvement au Philadelphia State Hospital.

[6Entre 1958 et 1960, Marion Cuyjet a également été professeur aux State Colleges de Maryland, Delaware et Cheyney.