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Société Auguste Vestris - Audrey De Vos (1900-1983), à l’avant-garde de l’analyse du mouvement
  Auguste Vestris


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Entre les notes, la musique, entre les positions, la danse

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Audrey De Vos (1900-1983), à l’avant-garde de l’analyse du mouvement
par Anya Grinstead

24 novembre 2012

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Portrait d’Audrey de Vos

Collection particulière.
« Pour chaque position, Audrey de Vos donnait un exercice de grand plié différent, en fonction du mouvement censé naître de cette position et, inversement, en fonction des bénéfices que l’exercice allait apporter à la position. »

Dina Shmueli, directrice, Noladnu Lirkod Ballet School (Israël)

Entre 1940 et 1975, Audrey de Vos était parmi les enseignants les plus efficaces et surtout les plus innovateurs du monde de l’art. On sait peu de sa jeunesse sauf qu’elle a été formée par Laurent Novikov, le partenaire d’Anna Pavlova dont elle fut membre de la troupe. Elle fit ensuite des études de sculpture, profession à laquelle elle se destinait. Nous retrouvons sa trace dans les années 1920, où après le Dorset, elle ouvrit un studio à Londres. Dans les années 1930 elle s’établit à Linden Gardens (Notting Hill Gate).

En dépit de ses méthodes peu orthodoxes son studio était fréquenté par des professionnels du monde entier tels Beryl Grey, Doreen Wells, Anna-Maria Holmes, Yvonne Cartier ou encore David Vaughan de la troupe Cunningham. De Vos ne donnait pas de corrections formelles, mais amenait l’élève à « réfléchiir à l’action (…) et permettre à l’idée nouvelle de dirigir le mouvement » (Dina Shmueli).

Positions

Tout l’enseignement d’Audrey de Vos se résume au mot mouvement. Il n’a jamais été question de pas ou de positions pris isolément mais de comment le corps passe d’un pas de danse ou d’une position à l’autre, processus marqué ici par une pause, là par un rallentando avant d’éclore dans une nouvelle position. Mais c’est toujours le corps en entier qui dicte la possibilité d’effectuer un mouvement ainsi que sa vélocité, son style et son caractère.

Si l’action peut effectivement commencer ou finir en cinquième, cet aspect est purement accessoire ; il ne faut ni le souligner ni s’attendre à ce que le public le remarque.

Puisque tout le corps dans sa communication avec l’intellect, l’âme et la musique doit rester la considération principale tant pour le professeur que pour le danseur, le poids du corps dans le déplacement et par rapport au sol est fondamental (to be grounded), ainsi que le sentiment de verticalité, le placement du squelette, une conscience aiguisée de l’isolation d’un mouvement et l’engagement du haut du dos dans l’épaulement.

La musculature doit être utilisée d’une manière consciente, sans tension et sans que le danseur n’applique de force inutile. Audrey de Vos visait l’efficacité maximale dans chaque mouvement afin d’éviter que l’intellect ne se retrouve à lutter contre le corps.

Une fois que le danseur aura appris à travailler de cette manière, les positions et les pas s’enchaîneront sans heurt et il saura soutenir ou passer par une cinquième stable, correcte - pourvu que le degré de l’en-dehors soit guidé par le potentiel naturel de rotation du fémur. Audrey de Vos ne donnait aucune correction au niveau des seuls pieds mais toujours à partir du centre. Elle inventait maints exercices à jambes parallèles, surtout à la barre et ce, de plus en plus au fur de sa carrière. Le travail à jambes parallèles aide à placer correctement le poids et à trouver le centre, tout en développant un en-dehors correct : passer d’une position en parallèle à celle en-dehors affine la perception de la rotation du fémur. Grâce à tout ce travail le danseur aboutira à une cinquième beaucoup plus efficace.

Guildford, novembre 2012

« Celle qui a fait danser l’âme »

Audrey de Vos était habitée par l’esprit de la danse.

Elle enseignait dans son propre studio, sans avoir à se plier à quelque Ecole que ce soit et sans les objectifs et contraintes d’une école ou troupe.

Elle n’a jamais souhaité consigner par écrit ou sur film son travail car pour elle, l’enseignement était un art vivant en changement constant et il fallait le vivre sur l’inspiration du moment, par rapport aux difficultés du danseur devant elle. Chaque artiste était un individu dont le corps méritait à être considéré dans sa singularité.

Ses connaissances anatomiques étaient très poussées, ce qui la distinguait des autres enseignants des années 1950. Elle était en avance sur son temps aussi en ce qu’elle est venue à adopter des mouvements plus contemporains tout en restant dans le cadre du classicisme : l’accent qu’elle mettait sur le poids du corps dans la technique classique jetait une passerelle vers le nouveau travail contemporain.

Son cours commençait avec ce qu’elle appelait conditioning ; il s’agissait d’une préparation au cours, avec les jambes en parallèle et sur une musique formidablement rythmique, instaurant à travers toute la musculature une détente bienvenue et permettant de « huiler » toutes les articulations. Un temps où l’intellect se mettait au diapason du corps et devenait conscient du poids du corps dans l’action. Le ressenti était à la fois d’un très bon contact au sol et d’un vaste étirement à partir du centre. Quelques uns de ces exercices préparatoires étaient spécifiquement conçus pour faciliter la rotation de la jambe en-dehors.

Quant au cours du matin, il était souvent d’une difficulté diabolique. Tous les exercices à la barre finissaient en équilibre et souvent de manière surprenante (plié en seconde, s’élever sur la demi-pointe, équilibre, puis retiré par exemple) ; ainsi de Vos inventait-elle des adages faisant un usage soutenu de la demi-pointe, puis des temps d’allegro étonnants et pourtant faisables grâce à sa logique exceptionnelle de mouvement.

Tout cependant irradiait d’une grande joie de danser. Prendre son cours était une expérience exaltante et qui reste gravée dans le souvenir. Une lettre qui lui fut adressée par un élève aurait pu être écrite par nous tous : « Avec amour et reconnaissance à celle qui a fait danser mon âme ».

Anya Grinstead a enseigné à Elmhurst Ballet School et au Guildford School of Acting. Pendant ses études de professorat à la Royal Academy, elle fréquenta le studio d’Audrey de Vos et par la suite chercha à intégrer ses innovations dans son propre enseignement. Tous les ans fin août à Guildford elle organise une semaine de cours, Back to the Barre (jusqu’en 2009, sous la houlette de l’ancienne assistante d’Audrey de Vos, Janet Ann Westerberg née Albisser). Anya est vice-président de la RAD pour la région de Surrey.

Elle souhaite remercier les professeurs Lilian de Arias, Caroline Hutchings et Angela Hardcastle pour leurs conseils.