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Société Auguste Vestris - Ah ! la cinquième...
  Auguste Vestris


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Entre les notes, la musique, entre les positions, la danse

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Ah ! la cinquième...
par Joëlle Mazet

24 novembre 2012

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Le danseur et sa cinquième : une histoire d’amour et de rejet. Très souvent incomprise et mal vécue, elle peut être source de confort ou de possibles blessures.

Voyons si elle nous livre ses secrets en la scrutant avec indulgence.

Les pieds placés dans une position de cinquième « épanouie » sont la base qui permet au danseur de s’élancer avec sécurité vers le mouvement dansé avec justesse. C’est l’aboutissement des quatre positions précédentes qui l’ont construite.

Se mettre en cinquième doit être un acte naturel sans mouvements parasites qui peuvent être : un mauvais demi-plié, des mouvements du bassin intempestifs ou un ajustement trop long des pieds. Cette cinquième n’est alors d’aucun secours dans le mouvement dansé.

La cinquième « épanouie » est celle qui permet de fermer librement la jambe active sur la jambe de terre. La cinquième est alors le fruit d’une action naturelle non forcée.

L’homme debout sur ses deux pattes se tient en contact avec le sol sur une très petite surface. Il faut donc en tirer le meilleur parti. Pour être bien sur ses deux pieds en cinquième, et que cette position soit efficace, il est utile, à l’aide de nombreux exercices d’échauffement de la plante des pieds, de rendre ceux-ci vivants, de les faire respirer, et de développer leur proprioceptivité afin de faire circuler les informations énergétiques jusqu’à la tête et de la tête aux pieds.

La barre, avec sa panoplie de battements tendus, qui brossent bien le sol, vient compléter cet éveil et cette prise de conscience de l’appui des pieds dans une posture correcte, déterminée par le rôle important du gros orteil, du petit orteil et du talon formant un triangle.

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Isadora Duncan

Début du 20ème siècle

Les pieds en cinquième ne sont pas seuls engagés dans cette position croisée : tout le reste du corps est impliqué dans cette aventure. Si nous remontons par les jambes jusqu’au bassin, nous constatons qu’en prenant conscience des muscles postérieurs de la jambe avant et des muscles antérieurs de la jambe arrière, la cinquième devient plus forte et active. Cette organisation arrive jusqu’au bassin que l’on souhaite stable et suspendu au dessus des membres inférieurs. En mettant de l’air dans l’articulation coxo-fémorale (ne pas s’écraser sur ses jambes, ne pas crisper l’articulation et sentir l’ischion suspendu) on facilite la rotation externe du fémur, suivie de celle du bas de jambe, qui est alors en harmonie totale avec l’en-dehors des pieds. Il faut constamment chercher à maintenir l’en-dehors depuis le bassin de façon que pied, tibia/péroné, fémur et bassin ne se livrent pas la guerre.

Une cinquième « épanouie » est une interaction entre le bon appui des pieds au sol, la rotation externe des jambes, le bassin, la cage et la tête.

La plante du pied va sans cesse envoyer des messages au reste du corps afin qu’il s’adapte autour de la colonne, autour du centre de gravité, même s’il est parfois délaissé pour la bonne cause de chorégraphes néo classiques ou contemporains. L’en-dehors de la cinquième se construit en faisant appel à la conscience que l’on a à sentir la résistance ou l’opposition qui s’établit entre les deux membres inférieurs et les deux ailes iliaques.

Continuons notre chemin jusqu’au buste. Celui-ci va être directement relié aux pieds. Avec la jambe droite devant, une ligne court entre le talon droit et la partie droite de la ceinture scapulaire, apportant une légère rotation dans la cage, le talon gauche étant relié à la partie gauche du haut du corps. Cette conscience va créer deux lignes qui se croisent au centre, mettant les deux côtés en relation. La cinquième position se diffuse par une spirale à travers le bassin, la cage, la tête, et devient alors une cinquième « épanouie » qui donne au danseur sa verticalité et prend tout son sens.

Gage de stabilité, une cinquième solide et « respirante » est le point de départ du temps d’adagio. Tous les éléments cités plus haut donneront à l’enchaînement vie et stabilité. Pour qu’elle vive, la cinquième peut être ressentie comme un passage qui dure, un recentrage, mais elle n’est ni une fin, ni un commencement en soi.

Dans le temps d’allegro, l’élasticité de la voûte plantaire donne force, moelleux et évite les blessures. La fermeture rapide d’un pied en cinquième ou l’atterrissage sur deux pieds toujours en cinquième offrent la dynamique nécessaire à l’envol et à la vitesse, permettent l’échange énergétique entre les pieds et le haut du corps. De là naîtront les épaulements.

Le corps réagit au moindre changement d’appui des pieds en cinquième. « Changer d’appuis, c’est être capable de laisser se modifier la Forme du corps en réaction à un changement de stimulus, à un changement d’état. » [1]

La troisième position s’impose dans l’enseignement aux débutants ; c’est l’antichambre de la cinquième. Elle permet de trouver son centre à partir d’une position sans risque et efficace. La cinquième de Cecchetti [2] a permis à des danseurs de faire une carrière professionnelle sans trahir pour autant la technique académique classique.

Comme le remarque le professeur Tully [3], la cinquième position est une innovation de la seule danse classique occidentale, et qui a nous a donné la batterie et la conquête des airs. Il importe que le danseur s’y sente bien. Dans une cinquième « épanouie », le bien-être que ressent le danseur dans des appuis justes va rayonner à travers tout son être et prêter vie à sa danse.

Octobre 2012


[1Odile Rouquet, La tête aux pieds, éd. REM, 1991.

[2La cinquième Cecchetti : la talon ne dépasse par la 1ère phalange du gros orteil de l’autre pied.

[3Roger Tully, Prémices du geste dansant (The Song sings the Bird). Gremese, Rome 2009.