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Société Auguste Vestris - Poser la main sur la barre
  Auguste Vestris


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La révolte des accessoires

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Poser la main sur la barre
par Anne-Marie Sandrini

16 juin 2012

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Extraits de Fantaisie dansée en deux temps et trois mouvements.
Porte-plume éditions, Paris 2011

L’excitation sans cesse renouvelée de cet instant où la main se pose délicatement, j’ai envie de dire délicieusement sur la barre, accompagnée par le regard. Ce jeu « main–regard, regard-*main » commence là dans un état de conscience jubilatoire.

La main qui parle, la main outil, la main qui bénit, la main qui offense, la main qui soigne, la main qui tue.

La paume, soit vers la terre, soit vers le ciel, les paumes créant une coupe pour recevoir l’eau claire. La langue que parlent nos mains n’a pas à être traduite, elle vit au naturel de plain-pied si l’on ose dire avec l’universel.

Les mains peuvent être embarrassantes pour se donner une contenance : nos aïeux avaient des cannes, des éventails, des mouchoirs, des demi-ceint (ceinture d’ou pendaient de petits objets tripotables). Aujourd’hui les mains anxieuses ont des poches pour se cacher et des cigarettes pour se défouler. La décence exige qu’hors de chez soi on aille toujours ganté. Une main dégantée est sans défense et signifie la reddition sans condition … La main humaine ne s’est pas perfectionnée grâce au travail mais grâce aux caresses. Il est établi qu’elle déploie vraiment ses capacités étonnantes quand elle erre sur la peau épousant le contour d’une joue ou d’une bouche.

Pour que la pensée naisse il faut que la main soit. Elles seules par leur essaim de gestes ont permis ce miracle : une ruche de mots en nos bouches.

Les mains ne se contentent pas de manier, de manipuler la matière de ce monde, elles savent aussi dire, mimer, danser.

Maître Brieux aimait nous démontrer le langage des mains. Il nous présentait ses mains en nous disant : Regardez-les, se sont de véritables « patoches », elles sont petites aux doigts courts. Devant nos yeux éberlués, elles se métamorphosaient pour porter le geste vers l’infini et exprimer avec éloquence les sentiments ou les passions qu’il souhaitait nous faire partager.

« La main est à l’esprit
ce que le sourire est au cœur »

– J.G. Noverre

Les sculpteurs et les peintres placent toujours le pouce du Christ en croix à l’intérieur de ses paumes, comme s’il eût été impertinent de le voir se dresser seul, éloigné des autres doigts. L’index : vers 10 mois l’enfant commence à désigner les objets inaccessibles en pointant son index vers eux. Ce geste est important, il signifie que l’enfant parlera. Pointer de l’index deviendra impoli à partir d’un certain âge, donnant à penser que l’enfant a échoué à mettre en place la verbalisation.

La main participe à la parole qu’elle accompagne viscéralement et spirituellement. Les mains rythment mes paroles, battent la mesure des mots en organisant la mélodie. Il est amusant de constater comme « la main classique » a évolué durant ce siècle.

Le pouce comme une pince se posait sur le majeur qui lui même était arrondi. Peu à peu les doigts se sont allongés, pour porter le geste à l’infini, le pouce ne s’écarte pas des autres doigts mais reste sagement dans le prolongement, légèrement à l’intérieur de la paume…

Le petit doigt levé pour boire sa tasse de thé dans les salons est éradiqué en mai ’68, le petit doigt en l’air donnant une image d’affectation qui n’a plus cours. Il en est de même pour « le pied de nez » qui est remplacé par l’index qui touche deux fois la joue gonflée. Les révolutions ne pourront jamais contredire Jean Georges Noverre quand il nous dit :

« Là où va la main vont les yeux,
là ou vont les yeux va le cœur. »

Relier la main et l’œil, c’est ce que nous faisons quand nous voulons prendre un verre d’eau : les yeux guident la main. Le regard donne accès à l’espace, il traduit la qualité d’ouverture vers l’autre. D’après le dictionnaire des symboles, les deux yeux sont identifiés aux deux luminaires : le soleil et la lune…

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William Chappell

dans- The Gods go a-begging.
Cliché Gordon Anthony

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Arthur Mitchell

en répétition.
Cliché Martha Swope

Traditionnellement l’œil droit est le soleil qui correspond à l’activité et au futur, l’œil gauche à la lune qui représente la proximité et le passé.

La qualité, l’émotion qui se dégage d’un mouvement change complètement selon le type de regard utilisé, toute l’attitude du corps se modifie. Jeu entre s’éloigner et aller vers, faire venir et repousser.

Les yeux capteurs d’espace, de lumière, d’énergie, images de billes ensoleillées, de bulles d’eau scintillantes, d’étoiles frémissantes sous l’impulsion de la lumière caressant l’environnement sous tous ses angles.

Les yeux, les mains, les pieds peuvent se répondre alors. Les pieds, source bouillante de la terre grave et sombre. Les yeux, les mains, germes d’étincelles du ciel. Le dos, le nombril, tout le corps peuvent engranger cette lumière pour capter ce qu’elle a à dire.

Quand tu regardes une fleur, dit l’escargot, n’oublie pas que la fleur te regarde.

Embrasser du regard.
Parler du bout des yeux
Un clin d’œil

Voilà, nous y sommes, il est temps de commencer ce jeu jubilatoire de « la main et du regard », du « regard et de la main ».