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Société Auguste Vestris - Le 20 octobre 1870, Rome - Le ballet brandit le drapeau tricolore !
  Auguste Vestris


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2 avril 2011, dixième soirée : Le Plan aérien

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Le 20 octobre 1870, Rome - Le ballet brandit le drapeau tricolore !
par Claudia Celi

2 avril 2011

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Dans un théâtre orienté vers l’actualité et interprète des décennies traversées par le souffle du Risorgimento, la danse et l’opéra occupaient la scène en alternance – mais en ce qui concerne le choix des sujets, c’est la danse qui a souvent pris les devants face à l’opéra lyrique. Au cours des décennies qui ont précédé l’unification italienne, l’idiome des livrets d’opéra - qui embrassait à la fois le parler démotique et celui des classes éduquées - a contribué à l’adoption d’une langue nationale tandis que la danse, avec tout son attirail, ses scènes si vivantes, a stimulé l’imagination collective qui reflétait à l’époque les tendances patriotiques.

Sous la pression des forces indépendantistes et des unitaristes, la danse a d’abord prêté sa voix à celles de type garibaldien-insurrectioniste puis à celles favorables à la dynastie savoyarde [1]. Cette dernière ligne, plus lente au démarrage mais qui s’est finalement imposée, directement liée au jeu diplomatique de Camillo Benso, Comte de Cavour, était célébrée dans le Ballabile des Fleuves du ballet Flik e Flok, œuvre de Paolo Taglioni et Peter Ludwig Hertel (présenté à la Scala en 1862) [2]. On y admirait le célèbre final des danseuses-bersagliere, final reçu dans la liesse populaire et surtout à Rome, qui a toujours été au centre du processus d’indépendance et qui est finalement devenu la capitale du Royaume suite à l’Unité italienne. Le thème du ballet Flik e Flok n’est pas, en tant que tel, patriotique ; cependant, au fil des aventures imaginaires des camarades Flik et Flok, et plus précisément dans le Ballabile des Fleuves, on reconnaît la ligne des alliances tissées par Cavour au nom de la monarchie savoyarde. Dans le Ballabile apparaît la Spree qui représente la Prusse, la Néva pour la Russie, la Tamise pour l’Angleterre et la Seine pour la France. Dans la version milanaise de 1862, la fin du Ballabile représentait la libération de Venise du joug autrichien sur les notes de la fanfare des bersaglieri – aspiration qui devait se réaliser en 1866 lorsque Venise fut annexée à l’Italie. A Rome en 1870 au Théâtre Argentina, l’impresario Vincenzo Jacovacci a introduit le galop des bersagliere féminines à la fin du ballet Bianca di Nevers, avec en arrière-plan le Colisée. Ugo Pesci décrit le brûlant enthousiasme patriotique des italiens à la vue du drapeau tricolore :

« On célébrait le passage d’un mois depuis que Rome fût libéré, soit le 20 octobre, avec des banderoles, des drapeaux, des illuminations et une grande manifestation au Théâtre Argentina, qui a été rouvert peu de temps après le 20 septembre. Sor [Monsieur en dialecte romain - ndlr] Vincenzo Jacovacci, l’impresario des théâtres romains, connaissant bien son public, avait, depuis les premières représentations de Bianca di Nevers, fait terminer ce ballet en emboîtant le galop des bersagliere féminines de Flik e Flok, et ce galop déclenchait, sans la moindre exagération, le délire chaque soir. Une dame très respectable [Luigia Trevisan - n.d.l.r.], qui de nos jours vit tranquillement à Milan entourée des siens, mais qui était alors parmi les danseuses les plus réputées, ne peut avoir oublié et certes n’oubliera jamais l’explosion de joie qui la saluait chaque soir lorsque, chef de sa compagnie de bersagliere, elle sortait à pas de course des coulisses revêtue de son chapeau à plumes, de son écharpe azur et agitant le sabre avec autant de grâce que d’énergie. Les évolutions de la charmante compagnie des bersagliere étaient accueillis par un tonnerre d’applaudissements... et parmi les plus assidus étaient les hôtes d’une barcaccia [loge d’avant scène] appelé “Le Bain de Susanna” car fréquentée par de vieux Commandeurs de l’Ordre de Malte et les patriciens romains dont certains entretenaient encore des relations avec le Vatican. Mais les applaudissements sont contagieux !

« Le soir du 20 octobre au moment où les bersagliere sortaient des coulisses, le théâtre a failli s’écrouler sous les applaudissements. Des drapeaux étaient brandis de tous les balcons, trois mille mains - petites et grandes, masculines et féminines - agitaient autant de mouchoirs ; un drapeau tricolore d’une longueur interminable et sorti de trois trous différents serpentait du balcon jusqu’au poulailler et descendait vers le parterre pour terminer sur les fauteuils d’orchestre [...] » [3]

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Galop des ballerines-bersagliere dans la revue Lo Spirito Folletto du 6 mars 1862, supplément

Collection Biblioteca Nazionale Centrale « Vittorio Emanuele », Rome.


Notes :

1. Cf. Claudia Celi, "Il balletto in Italia" in Musica in Scena - Storia dello Spettacolo musicale, diretta da Alberto Basso, Torino, UTET, 1995, vol. 5 parte II cappp. III-IV, pp. 89-138 ; id, "Roma, il Risorgimento in ballo", in Incontri con la Danza 1993, a cura di Elena Grillo, Accademia Nazionale di Danza, Centro Documentazione Danza, 1994, pp. 59-72.

2. Claudia Celi e Andrea Toschi, "Alla ricerca dell’anello mancante : « Flik e Flok » e l’Unità d’Italia", in Chorégraphie anno I n. 2 (autunno 1993), pp. 58-72

3. Ugo Pesci, Come siamo entrati in Roma, Roma, Palazzi, 1970, p.229

Claudia Celi, professeur d’Histoire de la Danse à l’Académie Nationale de Danse et à l’Université de Rome - La Sapienza, a publié plusieurs essais sur la danse italienne, en particulier du 19ème siècle (voir le chapitre « Storia dello Spettacolo musicale » dans Musica in Scena publié par UTET) ainsi que de nombreux articles pour la International Encyclopedia of Dance, le Dictionnaire Larousse de la Danse et le Dizionario Biografico degli Italiani.

En parallèle, elle continue son activité artistique dans le domaine de l’histoire du spectacle dansé, en tant que directeur artistique, et en collaboration avec Andrea Toschi de l’association Il Teatro della Memoria.