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Société Auguste Vestris - Carlotta Zambelli « Régente de la pureté dans l’harmonie »
  Auguste Vestris


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23 janvier 2011, neuvième soirée : Carlotta Zambelli

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Carlotta Zambelli « Régente de la pureté dans l’harmonie »
par K.L. Kanter

23 janvier 2011

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Adélaïde Viganò, professeur de Zambelli à Milan

Collection F. Falcone

Née à Milan en 1874, Carlotta Zambelli est issue de l’Académie du Théâtre de La Scala. C’est là qu’elle reçut l’enseignement de Cesare Coppini, Directeur de l’Académie à partir de 1883, et de l’Inspectrice Mlle Adelaïde Vigano, noms illustres s’il en est. En effet, Cesare Coppini, qui créa en tant que premier danseur de nombreux ballets dans les opéras de Donizetti, de Verdi … avait été élève de Giovanni Lepri, peut être même de Carlo Blasis, et certainement d’Auguste Huss, qui dirigea l’Académie de La Scala entre 1853 et 1868.

Parmi les élèves de Cesare Coppini – « mon célèbre maître » pour Enrico Cecchetti - on compte une pléiade de ballerines renommées pour leur technique infrangible de tours, de batterie et de pointes, et notamment Pierina Legnani qui allait révolutionner la danse à Saint Petersbourg.

De Coppini nous avons gardé fort heureusement des notes de cours, dont celles publiées sous le titre Méthode de Cesare Coppini copiée pour l’élève Pierina Legnani et datées de 1887. Il faut souligner qu’à l’instar de Blasis, Cecchetti ou Gustave Ricaux, sa méthode est celle des Jours de la Semaine. Quant à Adélaïde Viganó, elle est issue d’une grande dynastie de danseurs, dont l’immortel Salvatore Viganó qui chorégraphia pour Beethoven Les Créatures de Prométhée.

En 1894, à l’âge de 19 ans, jeunes diplômées de La Scala, Carlotta Zambelli et Clotilde Piodi (qui quitta la scène peu après) se trouvèrent être les seules danseuses milanaises que recruta pour l’Opéra de Paris son Directeur, le chanteur lyrique Pedro Gailhard (1848-1918).

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Théâtre de La Scala à Milan au XIX siècle

C’est ainsi qu’elle rejoint à Paris sa compatriote Rita Sangalli et la grande danseuse espagnole Rosita Mauri (1849-1923), qui enseigna à l’Opéra jusqu’en 1920 et prodigua ses conseils à Zambelli. Cette dernière fit ses débuts en 1894 à Paris dans le Faust de Charles Gounod, où elle se distingua en tant que première danseuse dans le « Pas du miroir ».

En 1898, au moment où la Mauri cessa de danser, Mademoiselle Zambelli fut nommée soliste et allait dorénavant régner sans partage sur le théâtre jusqu’à sa propre retraite de la scène en 1930. Notons au passage qu’une autre contemporaine issue de l’Académie de La Scala, Aïda Boni (1880-1974), allait elle-aussi devenir une grande soliste de l’Opéra entre 1908 et 1922.

C’est en 1896 que les habitués parisiens virent pour la première fois les fouettés - quinze pour être précis ! - exécutés par Carlotta Zambelli dans un divertissement de l’opéra La Favorita. Cependant, à l’opposé de nombre d’italiennes à son époque, la réputation de Mademoiselle Zambelli était fondée sur sa vivacité, son brio, sa grâce et sa musicalité et non sur des numéros circassiens qu’elle maîtrisait pourtant.

Ainsi, le compositeur Camille Saint-Saëns écrivait, probablement vers 1919 : « Mlle Zambelli, dont la virtuosité est prodigieuse, m’apparaît être, au point de vue du rythme et de l’union profonde de la danse et de la musique, la danseuse la plus étonnante que j’ai jamais vue. Ces qualités éclatent merveilleusement dans mon ballet d’Henry VIII en donnant tout leur caractère aux airs populaires écossais et irlandais, largement mis à contribution dans ce divertissement. »

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Mlle Zambelli et Albert Aveline

Elle fut aussi la muse de Léo Staats dans ses ballets Namouna (de Lalo), Javotte, España, Sylvia, Taglioni chez Musette et Cydalise et le chèvre-pied, ainsi que dans Impressions de music-hall (1927) de Nijinska. Elle créa aussi Les deux pigeons dans la version d’Albert Aveline (d’après Mérante), et reprit La Korrigane de Louis Mérante, ainsi que le rôle de Swanilda dans Coppélia où elle s’attira les louanges appuyées de l’historien russe exilé André Levinson.

Entre 1894 et 1930 donc, Carlotta Zambelli se produisit sur la scène de l’Opéra avec un bref passage par le Théâtre Maryinskii à Saint-Pétersbourg où elle dansa Coppélia, Giselle et Paquita en 1901. Puis, de 1930 à 1955, elle enseigna aux Grands Sujets à l’Opéra ainsi qu’à l’Académie Chaptal qu’elle fonda et qui existe encore aujourd’hui.

Carlotta Zambelli avait trouvé en Albert Aveline d’abord son partenaire de scène de prédilection puis un collaborateur qui partageait ses convictions pédagogiques : préserver le vocabulaire dans toute son étendue, défendre les formes pures et sévères de l’école de Blasis, à la fois contre les innovations préconisées par Lifar et contre les écarts et levers de jambe. En assénant que la danse tendait vers le cirque et le cirque vers la danse, elle s’est avérée être une visionnaire.

Si la personnalité de Carlotta Zambelli était controversée - elle était réservée, et du moins en apparence, sans empathie particulière pour ses élèves – cette ‘froide’ objectivité était une stratégie. Dans les mots de l’étoile Lycette Darsonval : « Nombreuses (sont) les danseuses qui ont appris de Mlle Zambelli à n’être pas que des automates, mais à pénétrer aussi l’esprit d’un ballet, à observer les jeux de l’expression (…) Peut-être en est-il qui la trouvaient un peu sévère, inflexible dans ses indications, et n’hésitant pas à joindre l’exemple à la leçon ? La pratique, depuis, a prouvé (…) que ‘Mademoiselle’ avait raison. Harmonie, pour elle, n’était pas un vain mot. Elle s’était fait en quelque sorte un apostolat de la défense des traditions académiques mais, comédienne d’instinct, elle savait comprendre toute danse de caractère et ses attributs folkloriques. Sa connaissance de tous les pas, de tous les styles, de toutes les époques, n’était-elle pas d’ailleurs plus vaste que sa modestie ne le laissait soupçonner ? (…). Oui, avant tout, Mlle Zambelli demeure, pour nous, une régente de la pureté dans l’harmonie. »

Avare de ses mots comme de ses compliments, Mademoiselle Zambelli va droit au but dans la Revue de la danse du 15 novembre 1947 : « Il faut que l’artiste soit lui-même sensible à cette harmonie, c’est dire qu’une culture artistique est nécessaire. Particulièrement une grande culture musicale, sans laquelle la partie essentielle de ce tout complexe qu’est un ballet lui reste étrangère. Presque tous les élèves de l’Opéra l’ont compris et travaillent la musique de leur propre initiative. J’en ai quelques-uns qui ont même obtenu des médailles au Conservatoire et ce, malgré le travail absorbant des cours et des répétitions. »

Soulignons pour finir que l’exemple que donnait Mademoiselle Zambelli à ses disciples était aussi celui de l’indépendance morale, alors que sa propre époque avait été celle des abonnés et des courtisanes. En ceci, elle représentait l’artiste de métier des temps modernes qu’avait appelé de ses vœux le poète Pouchkine, et son influence a été considérable sur plusieurs générations de ballerines dont Suzanne Lorcia, Paulette Dynalix, Lycette Darsonval, Christiane Vaussard, Christiane Vlassi, Claire Motte, Jacqueline Rayet … et parmi les hommes Michel Dussaigne, Daniel Franck, Serge Golovine, Jacques Touronde, Attilio Labis, Pierre Lacotte …