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Société Auguste Vestris - Gustave Ricaux
  Auguste Vestris


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14 novembre 2010, huitième soirée : Gustave Ricaux

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Gustave Ricaux
par Pierre Lacotte

14 novembre 2010

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Paris, le 23 octobre 2010

Gustave Ricaux est incontestablement le plus illustre pédagogue de la danse classique masculine française du XXème siècle.

Né le 20 août 1884 à Paris, Gustave Ricaux est entré à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris le 9 mars 1896. Il est engagé dans le corps de ballet 2ème quadrille en 1898 et devient grand sujet en 1901. Nommé premier danseur en 1907 (le titre de danseur-étoile n’existait pas encore), il débute dans La Maladetta, ballet de Joseph Hansen, aux côtés de Carlotta Zambelli.

Grand technicien, il obtient un succès retentissant bien que la danse masculine ne soit plus trop au goût du jour en France à cette époque ! De 1911 à 1914 il est engagé pour effectuer des tournées en Europe ; il danse en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Espagne, en Autriche, puis en Amérique.

Mobilisé de 1914 à 1919, il reprend sa place à l’Opéra après la Guerre et en plus de sa carrière de danseur il est nommé professeur des classes masculines.

Gustave Ricaux participe en 1921 à la reprise du ballet Daphnis et Chloé de Michel Fokine monté par ce dernier à l’Opéra, et de celle de Namouna dans une nouvelle chorégraphie de Léo Staats qu’il danse avec Aida Boni en 1925.

Lors de la création de Soir de Fête du même maître de ballet il est le partenaire d’Olga Spessivtseva. A ses côtés il danse également Giselle à partir de 1926. Il interprète les premiers rôles de La Korrigane de Louis Mérante avec Carlotta Zambelli, du Diable dans le Beffroi de Nicola Guerra avec Camille Bos, ainsi que de Suite de Danses d’Ivan Clustine et de Siang Sing de Léo Staats. Il danse La Fête chez Thérèse avec Carlotta Zambelli, le rôle d’Orion dans Sylvia... Gustave Ricaux se fait remarquer dans les divertissements des opéras tels que Roméo et Juliette, Le Trouvère, Padmavati, Henri VIII, Patrie, Salammbô, où sa virtuosité fait merveille.

Remarquable professeur doué d’un grand sens de la pédagogie, dès qu’il quitte la scène en 1931 il est nommé responsable de l’enseignement des élèves garçons de l’Ecole de danse. C’est ainsi qu’il va pouvoir former et suivre la carrière de tous les danseurs de l’Opéra, puisqu’il est le pédagogue exclusif de toutes les classes d’hommes. Le matin il donne deux cours, un pour les quadrilles et les coryphées, et l’autre pour les sujets, les premiers danseurs et les étoiles. Pour rien au monde nous n’aurions manqué ces leçons. L’après midi après avoir fait travailler les élèves de l’Ecole, il montait chez lui où il avait ouvert un cours, et après les répétitions nous allions tous nous précipiter pour travailler encore avec lui.

Je me souviens du silence qui régnait durant ses cours. Concentrés et attentifs nous étions à l’écoute de toutes ses observations ; personne ne bronchait, du plus petit au plus grand. Même adulte, si par mégarde nous étions en retard, il nous interdisait de nous joindre à ceux qui étaient déjà à la barre et de prendre le cours : « Mets-­toi là sur ce banc ! En regardant les erreurs des autres tu comprendras mieux les tiennes. Tu verras aussi mieux les progrès de ceux qui travaillent vraiment ! ». Aucune excuse n’était valable et nous n’avions pas le droit de signer la feuille de présence.

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Pierre Lacotte, élève de Ricaux à l’Ecole de l’Opéra
Collection particulière

Mon premier cours de danse, je l’ai pris avec lui. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui. J’étais très impressionné par sa rigueur, mais conscient que tous les mouvements qu’il montrait étaient éloquents. Impressionné et admiratif je m’efforçais de reproduire ce qu’il me montrait, sans doute maladroitement, car je sentais autour de moi les plus grands, prêts à se moquer de mes erreurs. Prise de pitié, sa femme, qui avait été, elle aussi, danseuse autrefois, vint près de moi et, avec beaucoup plus de patience que lui, rectifia la position de mes bras. Son explication pour monter les bras au­-dessus de la tête en couronne me parut d’une grande beauté. Je la regardais fasciné. J’appris les positions règlementaires des bras et des jambes ainsi que deux-­trois exercices. A huit ans cela était suffisant pour mon premier contact. Autant dire que le soir je repassais tout cela dans ma tête pour ne rien oublier.

J’ai travaillé tous les jours avec acharnement pendant deux ans. Je sentais que j’étais entre les mains d’un grand savant de la danse ; stimulé par l’entourage de tous ses élèves qui le vénéraient, je réalisais la chance que j’avais d’avoir un maître, un vrai ! et qu’il me fallait mettre les bouchées doubles pour ne pas le décevoir et être à la hauteur des circonstances.

Les enfants dansaient comme des Dieux ! A mon niveau, la moindre des pirouettes paraissait être un exploit ! Hélas, pendant les premières années de la Guerre, il a quitté l’Opéra. Son départ m’a consterné, je me sentais perdu, abandonné ! J’ai continué seul à faire ses exercices inlassablement, ne voulant rien perdre de l’endurance qu’il m’avait donnée. Personne mieux que lui ne pouvait apprendre à lier tous les mouvements, à enchaîner des pas avec autant de maintien, d’envergure ! Je ne voulais pas l’oublier. Après quelques années d’absence, il est revenu de Monte Carlo. Ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie. J’ai alors pris ses cours tous les matins, puis à l’heure du repas, où nous étions libres, j’ai pris chaque jour sans pianiste une leçon particulière dans un studio aujourd’hui disparu Cité Pigalle.

Il me serait possible de parler de lui pendant des heures, de la manière dont il nous apprenait à faire les grandes pirouettes à la seconde, les manèges de coupés-­jetés à droite et à gauche. Le mieux est de reconstituer un de ses cours et de citer quelques élèves formés par lui : Serge Peretti ; Paul Goubé ; Roger Fenonjois ; Roland Petit ; Jean Babilée ; Serge Golovine ; Raymond Franchetti ; Daniel Seillier ; Raoul Bari ; Lucien Duthoit ; Gilbert Mayer ; Attilio Labis ; René Bon ; Alexandre Kalioujny ; Michel Renault ; Jean-­Paul Andréani ; Michel Descombey. Il eut également comme élèves Madeline Lafon et Claude Bessy.

Ces lignes écrites afin de lui rendre hommage et lui dire toute ma reconnaissance.