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Société Auguste Vestris - Souvenirs de Madame Volkova
  Auguste Vestris


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26 juin 2010, septième soirée : Vera Volkova

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Souvenirs de Madame Volkova
par Francia Russell

26 juin 2010

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J’ai rencontré Mme Volkova en 1950 lorsque j’avais onze ans. Ma famille vivait alors à Londres et mon père, prévoyant, a considéré qu’il était si important que je puisse étudier auprès de Volkova qu’il engagea un professeur privé pour ma scolarité normale. Quelle épopée que celle du studio de West Street ! Les artistes du Royal Ballet, du Sadler’s Wells Ballet et maintes troupes de passage se pressaient à son cours du matin. Pendant leur saison à Covent Garden, le New York City Ballet tout entier venait à son cours – je crois d’ailleurs que M. Balanchine ne le lui a jamais pardonné !

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Volkova peintre et sculpteur, ici avec son marbre blanc Moira Shearer
A droite, Violetta Prokhorova Elvin
Collection A. Meinertz

Peut-être aurais-je gagné à travailler avec des enfants de mon âge, mais auprès de Mme Volkova j’ai tiré des enseignements que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs. Elle m’a permis de prendre tous ses cours et de regarder, petite poupée tapie dans un recoin du studio, les cours privés qu’elle donnait aux artistes confirmés ; j’y buvais ses mots et chacun de ses gestes. Devant moi se déployait toute la logique et la beauté de la grande technique qu’elle défendait inlassablement dans ses cours ; en répétition, elle plongeait dans ces raffinements infinis auxquels aspire tout grand artiste et ce, même dans des rôles dans lesquels il se produit depuis des années. Avant et surtout, elle me fit comprendre par l’exemple les qualités du grand pédagogue : l’étendue des connaissances, l’énergie, l’exigence, l’abnégation et l’amour.

Lorsque mes parents décidèrent de retourner en Californie, Mme Volkova et son époux Hugh Finch Williams ont demandé à les rencontrer. Ils leur expliquèrent qu’ils en avaient parlé sérieusement tous les deux et avaient décidé qu’ils souhaitaient m’adopter. Mes parents ont tout naturellement refusé, mais pendant de longues années je n’ai pu m’empêcher de penser à tout ce que cela aurait changé dans ma vie.

Lorsque j’ai rejoint le New York City Ballet en 1956 nous sommes partis d’emblée en tournée en Europe. A Copenhague cependant, nous apprîmes que Mme Volkova était malade. Craintive, je demandai la permission d’aller la voir dans la clinique proche du Théâtre royal. Je me souviens encore de la scène, un tableau de la Tour : sa petite chambre toute sombre, éclairée par le seul feu doré d’une lampe basse. Elle me fit signe d’approcher la chaise de son lit. Elle me parut petite, perdue et comme prise au dépourvue par ses aléas de santé, mais me bombarda de questions sur ma vie et celle de mes parents. Peut-être est-ce à travers un prisme multicolore, mais ces instants demeurent parmi les souvenirs les plus intenses de mon existence. Je la quittai pétrie d’amour pour elle et pour l’art que nous servions mais aussi, remplie de terreur que jamais je ne la reverrais.

Mais nous nous sommes revues à maintes reprises, la dernière fois en 1973, alors que j’étais devenue professeur et maître de ballet et voyais le travail de Mme Volkova d’une perspective toute différente.

En 1988, afin de mettre en scène pour la première fois un ballet de Balanchine en URSS, je me rendis au théâtre Maryinskii à Saint-Petersbourg. Là, j’ai présenté à la bibliothèque de l’Ecole Vaganova un très beau portrait de Mme Volkova.

Lorsque Mme Volkova était dans le studio, sa concentration sur l’élève était telle qu’elle perdait, dans le sens le plus pur du terme, toute conscience d’elle-même. Son beau visage aux traits si expressifs, si vivants par ailleurs, ne montrait alors aucune émotion tandis qu’elle considérait le danseur devant elle en élaborant une stratégie qui lui permette de manifester tout son potentiel. Une fois la bataille engagée, son énergie et son généreux enthousiasme ne connaissaient aucune limite.

En esprit, elle vit en moi chaque jour depuis l’âge de mes onze ans. En tant que femme et en tant que professeur, elle est l’idéal vers lequel j’ai tendu toute ma vie. C’est un crève-cœur que jamais elle ne put écrire le livre sur la technique qu’elle avait en projet, mais face à nos regrets et notre tristesse elle n’aurait elle-même que peu de patience ! Pour tous ceux qui ont eu le privilège de connaître, et d’aimer, Vera Volkova, la célébrer et transmettre son héritage est un devoir sacré.

Juin 2010

Née en 1938, Francia Russell a été soliste et maître de ballet au New York City Ballet, puis Directeur artistique aux côtés de son époux Kent Stowell, du Pacific Northwest Ballet, ainsi que directrice de son Ecole, dont l’un des deux centres porte aujourd’hui le nom. Elle a remonté des ballets de Georges Balanchine dans le monde entier.